Lettre de Monsieur Philippe Lacombe

17 novembre 2014
Christian Jeanjean

Mesdames, Messieurs,

Engagé très tôt dans le combat humanitaire et dans la lutte contre les exclusions, j'ai beaucoup utilisé les disciplines sportives que je pratiquais et dont je suis plus tard devenu entraineur (National à Cuba entre autre), puis cadre (Conseiller Technique National) avant de goûter à la Présidence, pour sensibiliser les jeunes de nos clubs aux graves problèmes de société qui ont accompagné l'urbanisation des grandes villes.

J'ai commencé dans les années 70 par aller visiter le jeudi après-midi les « petits vieux »" de l'hospice de l'hôpital de la Grave à Toulouse où j'étais pensionnaire, avec la conférence Saint-Vincent-de-Paul. Sur un petit millier d'élèves, j'ai été le seul !

Plus tard, j'ai, dans toutes mes missions professionnelles (j'ai dirigé des structures éducatives, notamment celle qui portait la politique de la ville du 13ème arrondissement de Paris auprès de Jacques Toubon), fédérales et associatives, assorti les structures dont j'avais la charge, d'un pôle éducatif.

J'ai été en cela, aidé par de grands professionnels du travail social : un ancien directeur hors cadre de la PJJ, bien connu dans la région : André Roux, ceux de la sauvegarde… Mais aussi, par des magistrats (une femme extraordinaire, en particulier, qui avait mené une magnifique expérience de « prévention précoce »), de « grands flics » (et ce n'est pas forcément une question de grade !) qu'ils soient gendarmes ou policiers (y compris municipaux !), de journalistes, de politiques de tout bord, de patrons, de profs, de médecins : Bernard Michel, qui a toujours donné sans compter pour ces bonne causes et pas seulement de son temps…

Je l'ai été aussi par des amis très chers dont André Cruiziat fondateur de la « vie nouvelle » et ses vieux complices Stéphane Hessel, Francis Plateau ..... Qui m'ont appris il y a bien longtemps, lors de retraites, au sein du club « Alerte aux réalités internationales », à m'indigner et à toujours essayer de faire et de dire ce qui me paraissait être juste !

Et aujourd'hui, INDIGNÉ, je le suis, pour la façon dont est traitée l'affaire de la police Municipale de Palavas.

Si j'ai bien compris, trois policiers municipaux ont relevé des manquements à l'éthique et à la déontologie policière et mettent en cause la probité du premier magistrat. Tout est possible… Mais cela n'aurait-il pas dû se régler (fût-ce devant la justice) dans la modération et dans la discrétion ?

De plus, il se trouve que j'ai eu comme élève Gilles Haddouche, quand il avait une douzaine d'année, à la salle Méric, dont Georges Frêche m'avait confié la partie dévolue aux boxes. Comme moi, des années plus tôt, il a été l'un des seuls à répondre à l'appel de la conférence Saint-Vincent-de-Paul et à m'accompagner dans mes visites  et lors de quelques rénovations (sponsorisées par un autre vieil ami, bien connu lui aussi des vieux Montpelliérains : « Prosper » qui sévissait boulevard Louis Blanc et nous fournissait de la peinture…).

Plus tard (et la liste est longue), il a toujours été à mes côtés quand j'ai eu besoin de lui : lors de ses précédentes affectations, puis à Palavas pour accompagner les jeunes en difficulté que je faisais descendre pour des séjours dans le midi. Il a semble-t-il, bien changé !

Cela m'étonne, car justement, certains, parmi les professionnels que j'évoquais et qui pour certains le connaissent bien, semblent toujours apprécier son travail et son dévouement

Et puisqu'il semble que désormais, dans ce pays l'on puisse, l'on doive tout dire, même le « Off », comment ne pas saluer le parcours professionnel de Gilles Haddouche ?

J'ai gardé une profonde amitié et une grande admiration pour son père, un héros discret et une affection particulière pour sa maman, dont je me sentais un peu le fils aîné, quand elle encourageait, presque jusqu'à l'excès, ma gourmandise, lors de succulents et chaleureux repas familiaux où j'étais invité dans leur modeste préfabriqué de la cité d'urgence Vitaly…

J'ai vu grandir et réussir ses frères et sœur et j'ai du mal à croire qu’il n’ait jamais pu, lui, se départir de cet humanisme naturel que j'ai cru déceler très tôt chez les Haddouche.

Nous vivons dans un monde cruel, dur et sans pitié dans lequel notre survie dépendra de notre capacité de passer d'un seuil moraliste à un seuil réaliste. Si je ne suis pas un spécialiste des règles devant accompagner la répression et m'intéresse plutôt, à celles liées à la prévention, je sais par expérience que les bons résultats en matière de lutte contre la délinquance, affichés par le Maire, n'ont pu être obtenus que par la mise en œuvre de façon concomitante de ces deux vecteurs du maintien de la paix sociale dans la période d'inégalités flagrantes et de tensions exacerbées que nous traversons.

D’ailleurs pour avoir mené avec succès, plusieurs expériences de « Neighbourhood Watch » (dans certains pays Anglo-Saxons, le civisme implique une mobilisation citoyenne dans la lutte contre la délinquance), associant l'action de riverains volontaires à celle de travailleurs sociaux et de membres des forces de l'ordre, je pense qu'il serait judicieux dans notre pays d'ouvrir le débat sur les limites à franchir où pas en matière de liberté publique, tout en sachant que nous ne vaincrons la violence que si nous acceptons de l'affronter réellement et avec d'autres armes que la seule compassion inspirée par notre lâcheté et notre incapacité systématique à dire NON!

Autrefois, les étudiants en droit apprenaient qu' « entre le faible et le fort, c'est la loi qui affranchit et la liberté qui opprime ! ». Il ne faudrait pas que cet adage se transforme peu à peu et qu'aujourd'hui, « la loi ne protège plus que le lâche, le puissant, le misérable et le profiteur » au détriment de « l'honnête homme ou femme » qui font consciencieusement leur travail

Il semble difficile à croire que la période électorale qui s'annonce à Palavas soit étrangère à tout ce  « ramdam ». Je connais bien aussi l'un des trois plaignants (peut-être les trois ?) et je leur dirai que si c'est une manœuvre politique (les politiques donnant d'eux-mêmes une image suffisamment dégradée !), très franchement,  leur attitude n'est pas digne de professionnels responsables, ni de « collègues » qui, de plus, engagent leur (excellent) syndicat.

Si par contre, les faits étaient avérés, je serai très étonné, très mortifié, mais je ferai le même constat : Palavas et au-delà, le pays n'ont vraiment pas besoin de cela !

Ravi d'enfourcher la présomption d'innocence, je voudrais en profiter pour dire toute mon amitié à Christian Jeanjean et ma reconnaissance pour ce qu'il a su faire de Palavas avec l'aide, comme il le reconnait lui-même, de son ancien premier adjoint, aujourd'hui décrié (mais que celui qui n'a jamais fauté, jette la première pierre... ). Un petit bijou, vu de son phare lumineux, turgescent et tournant ; un Paradis  où beaucoup de nos concitoyens aimeraient bien vivre !

Pour de bonnes raisons, si cette affaire fait flop ; pour de plus mauvaises dans ce contexte délétère, si ces accusations étant confirmées elle provoqueraient une ruée sur Palavas, de tous ceux qui ne manqueront pas d'applaudir à pareille démonstration de force aveugle et d'autorité, même illégitime.

Très sincèrement et bien à vous,

Philippe Lacombe




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